Le télétravail en 12 questions

Partager
Imprimer

Le télétravail est de plus en plus commun. Pourtant, il n’existe pas de définition officielle du télétravail dans la loi. Horaire, accident de travail, surveillance par l’employeur… En principe, les règles qui s’appliquent au télétravail sont les mêmes qu’au bureau, en faisant les adaptations nécessaires. Mais plusieurs questions peuvent se poser, surtout en temps de pandémie.

1. Qu’est-ce que le télétravail?

Les lois qui s’appliquent au travail ne donnent pas de définition du télétravail. Toutefois, on peut généralement parler de télétravail lorsque les éléments suivants sont réunis :

  • Vous êtes un salarié, c’est-à-dire que vous effectuez votre travail sous le contrôle ou la direction d’un employeur.
  • Vous utilisez la technologie pour faire votre travail (ordinateur, téléphone, courriel, Internet).
  • Vous travaillez à l’extérieur de l’établissement de votre employeur.

Au-delà de ces éléments, le télétravail peut prendre différentes formes : à temps plein ou à temps partiel; à tous les jours ou seulement à l’occasion; de façon permanente ou temporaire (par ex., en cas de pandémie ou pour prolonger un congé de maternité).

Vous êtes travailleur autonome? Les règles entourant le télétravail ne s’appliquent pas nécessairement à votre situation. Pour en savoir plus, consultez :

2. Mon employeur peut-il m’obliger à faire du télétravail?

En principe, votre employeur ne peut pas vous obliger à faire du télétravail, à moins que ce soit déjà prévu à votre contrat de travail. Imposer le télétravail pourrait être considéré comme une atteinte à la vie privée des employés.

De l’autre côté, si votre employeur vous permet de faire du télétravail, il ne peut pas vous retirer ce droit à sa guise. Il doit avoir une bonne raison de le faire (par exemple, si votre installation à domicile ne respecte pas les normes de santé et de sécurité au travail).

Bref, le télétravail fait généralement partie des conditions d’emploi et votre employeur ne peut pas les modifier sans votre accord.

Pandémie COVID-19

Dans une situation exceptionnelle, un employeur peut modifier de façon unilatérale les conditions de travail de manière temporaire. Il pourrait ainsi obliger ses employés à faire du télétravail, évidemment si la nature de l’emploi le permet. De la même manière, un employeur peut interdire l’accès à son établissement aux employés qui présentent des symptômes.

Par ailleurs, si vous-même ou une personne de votre domicile présentez des symptômes ou avez reçu un résultat positif à la COVID-19, vous devez en aviser votre employeur et rester à la maison.

Pour en savoir plus, consultez la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité au travail (CNESST).

Lorsque la situation reviendra à la normale, l’employeur pourra remettre en place les modalités de travail qui existaient auparavant et ainsi mettre fin au télétravail. Certains employeurs pourraient toutefois décider de continuer d’offrir la possibilité de faire du télétravail à leurs salariés. Si vous souhaitez continuer d’en faire, discutez-en avec votre employeur.

3. Puis-je exiger de faire du télétravail?

En principe, vous ne pouvez pas exiger de faire du télétravail si votre contrat de travail ne le prévoit pas. Vous avez des enfants en bas âge ou vous êtes proche aidant? C’est la même règle qui s’applique. En revanche, la loi vous permet de vous absenter 10 jours par année pour prendre soin de vos proches. À ce sujet, voir : Les congés pour les raisons familiales et personnelles

Vous vous apprêtez à accepter un nouvel emploi et la possibilité de faire du télétravail est importante pour vous? Informez-vous sur la politique de télétravail qui s’applique chez cet employeur.

Pandémie COVID-19

Dans la situation de la pandémie de COVID-19, selon l’arrêté du gouvernement du Québec en vigueur actuellement, les employés de bureau doivent faire du télétravail à partir du 17 décembre, sauf si leur présence est essentielle pour assurer les activités de l’organisation.

Par ailleurs, jusqu’à maintenant, les tribunaux ont établi que la crainte de la COVID-19 à elle seule ne permettait pas d’exiger de faire du télétravail. Toutefois, si vous estimez que votre employeur ne prend pas les mesures sanitaires appropriées, vous pouvez vous adresser à la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité au travail (CNESST).

4. Mon employeur doit-il me fournir de l’équipement de bureau?

Même en télétravail, vous avez généralement besoin d’un ordinateur et de ses périphériques, de fournitures de bureau, d’un bureau et d’une chaise. Est-ce que votre employeur doit vous les fournir?

Selon la loi, si vous gagnez plus que le salaire minimum, votre employeur n’a pas l’obligation de vous fournir l’équipement nécessaire pour faire du télétravail ni de vous rembourser les frais pour l’équipement que vous possédez déjà. Toutefois, si vous êtes payé au salaire minimum, votre employeur doit vous fournir gratuitement l’équipement nécessaire. Votre employeur doit aussi vous fournir gratuitement l’équipement nécessaire si le fait de l’acheter vous-même a pour effet que vous gagnez moins que le salaire minimum.

Ceci dit, même s’ils n’en ont pas l’obligation, plusieurs employeurs décident de fournir l’équipement à leurs salariés pour des raisons de sécurité informatique et d’efficacité de leurs salariés.

Par ailleurs, si votre employeur vous fournit de l’équipement pour effectuer du télétravail, vous avez un devoir de prudence et de diligence : vous devez donc en prendre soin.

Que votre employeur vous fournisse de l’équipement ou pas, vous devez protéger la confidentialité des renseignements de votre employeur. Pensez à prendre des moyens appropriés pour assurer la confidentialité des documents de travail, de vos conversations téléphoniques et des données en lien avec votre emploi qui se trouvent dans votre ordinateur.

5. Impôts : ai-je droit à des déductions particulières?

Dans certains cas, en tant que télétravailleur, vous pourriez avoir droit à certaines déductions particulières pour votre déclaration d’impôts, par exemple, si vous avez été obligé d’acheter des fournitures de bureau (papier, crayons, cartouches d’encre, etc.) qui ont été utilisées directement dans l’accomplissement de votre travail.

Si vous avez aménagé un espace de bureau à domicile, vous pourriez avoir droit à certaines déductions pour le chauffage, l’électricité, les produits de nettoyage, les accessoires d’éclairage et les réparations mineures. De plus, si vous êtes locataire, vous pourriez avoir droit à une déduction pour les frais raisonnables liés au bureau à domicile au prorata de l’espace que cette pièce de bureau occupe dans votre logement. À noter que cette dernière déduction n’est pas offerte aux propriétaires. Si vous avez fait du télétravail pendant l’année, au moment de la période des impôts, assurez-vous que votre employeur remplisse le formulaire fédéral T2200 ainsi qu’au Québec, les formulaires TP-64.3 et TP-59 et qu’il vous les remette.

Pandémie COVID-19 et impôts 2020

Dans le contexte de la pandémie de COVID-19, si votre employeur vous a remboursé certains frais pour que vous puissiez acheter de l’équipement pour faire du télétravail, cela ne sera pas considéré comme un avantage imposable, mais seulement jusqu’à une somme maximale de 500 $. Vous devez déclarer la somme qui dépasse ce 500 $ comme un avantage imposable : vous devez ajouter cette somme excédentaire au revenu que vous déclarez dans votre déclaration de 2020.

Par ailleurs, les gouvernements fédéral et du Québec ont mis en place une méthode simplifiée temporaire pour calculer les dépenses de l’employé qui a fait du télétravail en 2020 en raison de la pandémie. Ces dépenses peuvent vous donner droit à une déduction fiscale. Pour utiliser cette méthode simplifiée, vous devez être un employé qui a travaillé plus de 50 % du temps à votre domicile pour une période d’au moins 4 semaines sans interruption en 2020 en raison de la COVID-19. Si c’est le cas, vous pouvez demander 2 $ pour chaque jour où vous avez travaillé à domicile en 2020 en raison de la pandémie, jusqu’à un maximum de 400 $.

À noter que, pour certains employés, dont les locataires et ceux qui ont travaillé plus de 200 jours, il pourrait être plus avantageux d’utiliser la méthode détaillée. Au fédéral, il est possible d’utiliser le formulaireT2200S, lequel est simplifié en raison de la pandémie de COVID-19. Vous devrez aussi conserver des pièces justificatives de vos dépenses liées au travail à domicile.

Pour en savoir plus, voir :

6. Assurance habitation : dois-je aviser mon assureur?

En principe, oui. Un assureur détermine ses primes d’assurance en fonction du risque que votre situation générale représente. Étant donné que les assureurs en matière habitation et responsabilité considèrent que le fait de faire du télétravail augmente le niveau de risque, vous devez donc lui déclarer cette situation, et ce, que vous soyez locataire ou propriétaire.

Pandémie COVID-19

Dans une situation exceptionnelle comme la pandémie de COVID-19, tout le monde sait qu’une grande partie des salariés font du télétravail. Dans un tel cas, il est quand même préférable d’aviser votre assureur si vous faites du télétravail, même si certains assureurs estiment qu’un tel avis n’est pas nécessaire.

Situation exceptionnelle ou pas, si votre assureur vous pose une question, vous devez lui répondre honnêtement. Ainsi, si l’assureur vous appelle pendant une situation exceptionnelle pour vous demander si vous faites du télétravail à la maison, vous devez lui en faire part.

7. Dois-je respecter un code vestimentaire?

Si l’employeur a une politique concernant la tenue vestimentaire et sur l’apparence personnelle, elle s’applique aussi en télétravail. S’il n’y a pas de politique vestimentaire, vous devriez quand même vous habiller de façon appropriée, surtout si vous devez apparaitre devant une caméra devant des collègues ou des clients.

8. Puis-je modifier mon horaire de travail?

Même si vous faites du télétravail, vous devez respecter l’horaire prévu dans votre contrat de travail. Comme tout salarié, vous devez faire preuve de loyauté et d’honnêteté et travailler le nombre d’heures convenues. Pour sa part, votre employeur ne peut pas exiger que vous soyez disponible en tout temps même si vos appareils électroniques vous permettent de rester connecté et de travailler de la maison.

Si vous avez besoin de plus de flexibilité dans votre horaire de travail, vous pouvez essayer de vous entendre à ce sujet avec votre employeur. Assurez-vous alors d’établir clairement les attentes et pensez à mettre la nouvelle entente par écrit.

9. Quelles sont les règles pour les heures supplémentaires?

En principe, que les heures soit faites en télétravail ou dans l’établissement de l’employeur, les mêmes règles s’appliquent.

Les heures travaillées au-delà de 40 heures par semaine doivent normalement être payées en heures supplémentaires. Il existe toutefois des exceptions. Par exemple, un employeur n’est pas obligé de payer les heures supplémentaires à un salarié qui travaille à l’extérieur de son établissement et si les heures ne sont pas contrôlables. Toutefois, le simple fait qu’un salarié travaille de son domicile ne rend pas ses heures incontrôlables. Même à distance, l’employeur devrait prendre des mesures pour contrôler les heures de ses salariés et s’assurer que ceux-ci restent dans les limites du temps de travail. Il pourrait aussi aviser ses salariés que les heures supplémentaires non approuvées ne sont pas tolérées. L’employeur devrait aussi mettre en place des mesures de contrôle pour les périodes de repos, les pauses-repas et la durée maximale du travail.

Pour en savoir plus, voir Les heures supplémentaires

10. Quelles sont les règles pour les absences et les congés?

En ce qui concerne la question des absences, des congés et des vacances, ce sont les mêmes règles qui s’appliquent que le travail se fasse à distance ou dans l’établissement de l’employeur. Si vous devez vous absenter, vous devez en aviser votre employeur en lui précisant le motif et la durée de l’absence. Dans certains cas, vous devez aussi fournir un certificat médical.

Pour en savoir davantage, voir :

11. Suis-je protégé en cas d’accident ou de harcèlement?

À titre de télétravailleur, vous êtes protégé par les lois qui visent la santé et la sécurité au travail. En cas de blessure, vous pourrez être indemnisé si un accident (soit un événement imprévu et soudain) survient à l’occasion de votre travail. L’expression « à l’occasion du travail » est interprétée très largement. Si vous développez plutôt une maladie professionnelle, vous pourriez aussi être indemnisé.

Vous et votre employeur devez prendre des mesures pour protéger votre santé et votre sécurité.

Assurez-vous que votre environnement de travail à domicile respecte les normes de santé et de sécurité au travail. Si ce n’est pas le cas, communiquez avec votre employeur pour convenir d’une solution. En principe, un inspecteur de la Commission des normes de l’équité, de la santé et de la sécurité au travail (CNESST) peut visiter le lieu de travail, même si ce dernier est à l’extérieur de l’établissement de l’employeur. Toutefois, les tribunaux n’ont pas encore eu l’occasion de déterminer si une telle inspection dans le domicile du salarié portait atteinte à sa vie privée. Par ailleurs, pour s’assurer que votre environnement de travail à domicile est approprié, votre employeur pourrait vous en demander une photographie.

Si votre employeur se rend compte que votre environnement de travail n’est pas conforme, il pourrait vous obliger à aller travailler dans son établissement.

Pour plus de détails, voir :

Même si vous travaillez à distance, vous êtes aussi protégé par la loi si vous êtes victime de harcèlement psychologique ou de harcèlement sexuel. Pour en savoir davantage, voir :

Généralement, les employeurs ont une politique qui interdit aux salariés de faire usage de drogue ou d’alcool sur les lieux du travail ou pendant les heures de travail. Cette règle s’applique aussi en télétravail.

Pandémie COVID-19

Dans le cadre de la pandémie, si vous êtes atteint de la COVID-19 et que vous estimez avoir été infecté par le fait ou à l’occasion du travail, vous pourriez être indemnisé. Pour en savoir plus, consultez la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité au travail (CNESST).

12. Mon employeur peut-il me surveiller?

Même si vous travaillez de la maison, votre employeur conserve son droit de surveillance et peut vous demander des comptes au sujet de votre travail.

Le droit de surveillance de votre employeur comporte toutefois des limites, dont votre droit à la vie privée. Par exemple, le simple fait d’utiliser le matériel informatique fourni par votre employeur pour travailler chez vous ne vous enlève pas automatiquement tout droit à la vie privée. Une surveillance vidéo ou audio continue d’un salarié au cours de son travail est généralement considérée comme déraisonnable.

En principe, le lieu de travail n’est pas considéré comme privé. Cependant, les attentes de vie privée sont évidemment plus grandes chez soi qu’au bureau. À titre de télétravailleur, vous pouvez avoir des attentes raisonnables en ce qui concerne votre vie privée dans votre domicile. Ces attentes peuvent néanmoins varier selon les circonstances et selon les normes et politiques mises en place par votre employeur et diffusées à ses salariés.

Dans une affaire, il a été décidé que le logiciel de sécurité informatique et de surveillance installé sur les ordinateurs des salariés d’un employeur était une mesure légale. Dans sa politique, l’employeur avait informé ses salariés que l’utilisation des outils de travail informatique et d’Internet était limitée à des fins professionnelles pendant les heures de bureau. Ainsi, les salariés ne pouvaient pas avoir une attente raisonnable que leur navigation sur Internet avait un caractère privé. De plus, la mesure de surveillance n’était pas continue et ne ciblait pas un salarié en particulier. Enfin, l’employeur avait un motif raisonnable d’utiliser ce logiciel, puisqu’il lui permettait d’assurer sa sécurité informatique et l’aidait à établir les cas d’abus ou de vol de temps par ses salariés.

Certaines des règles présentées dans cet article ne s’appliquent qu’aux salariés visés par la Loi sur les normes du travail.

Pour en savoir davantage, voir : Les lois qui s’appliquent au travail.